Espaces verts Maroc

Au Maroc, les espaces verts jouent un rôle de plus en plus central dans la réflexion sur la qualité de vie, la santé publique et la durabilité des villes. Des études internationales ont démontré les bénéfices multiples de la végétalisation urbaine : réduction des polluants, amélioration de la santé mentale, atténuation des îlots de chaleur (The Lancet, Nieuwenhuijsen, 2020). Pourtant, la planification verte reste encore inégalitaire et parfois superficielle dans nos villes.

Les bienfaits démontrés des espaces verts pour la santé

Les chercheurs ont montré que vivre à proximité d’espaces verts peut réduire de 20 à 30 % les risques de troubles mentaux, cardiovasculaires et respiratoires (Environmental Health Perspectives, Gascon et al., 2015). Dans les villes marocaines comme Casablanca ou Rabat, l’insuffisance de couverture végétale accentue la vulnérabilité des populations aux épisodes de chaleur extrême, notamment dans les quartiers populaires. De plus, la végétation urbaine agit comme un filtre naturel, réduisant les particules fines et créant des microclimats (Urban Forestry & Urban Greening, Wolch et al., 2014).

Inégalités d’accès et justice environnementale

L’accès aux espaces verts est fortement lié à la répartition socio-spatiale des villes. À Fès, on enregistre moins de 2 m² d’espaces verts par habitant dans les zones périphériques, bien en dessous des standards de l’OMS qui préconisent 9 à 12 m² (World Health Organization, 2017). Ces inégalités environnementales génèrent des écarts d’accès aux bienfaits écologiques, mais aussi à la tranquillité, à la socialisation ou à la sécurité (Journal of Urban Affairs, Boone et al., 2009).

Le risque de « verdissement gentrificateur »

De nouveaux projets urbains présentés comme durables (comme Zenata ou les nouveaux pôles verts de Bouskoura) sont souvent utilisés comme arguments de marketing territorial. Or, leur implantation peut entraîner des hausses foncières et la marginalisation des classes populaires (Landscape and Urban Planning, Anguelovski, 2016). Le concept de “green gentrification” alerte sur ce paradoxe : un verdissement qui exclut les populations les plus précaires au lieu de les intégrer.

Initiatives marocaines à suivre

Certaines villes marocaines expérimentent des approches innovantes. Oujda a récemment conduit un diagnostic participatif de ses espaces verts, en intégrant des critères qualitatifs comme le sentiment de sécurité, l’accessibilité ou la diversité végétale. Rabat, capitale verte de l’UNESCO en 2010, développe des corridors écologiques qui relient les parcs entre eux, inspirés des modèles nord-européens (Cities, Kabisch et al., 2017).

Vers une stratégie “Just Green Enough”

Le modèle “Just Green Enough” prône un verdissement réfléchi, socialement juste et écologiquement viable. Il s’agit d’investir dans des micro-parcs, des jardins partagés, des façades végétalisées et des toitures vertes, intégrés au tissu existant et cogérés avec les habitants (Local Environment, Curran & Hamilton, 2012). L’objectif n’est pas de créer des vitrines écologiques, mais des espaces utiles, proches, adaptés à tous.

Les espaces verts au Maroc ne doivent plus être considérés comme des décors mais comme des infrastructures vitales au service du bien-être, de l’équité et du climat. Face aux défis de l’urbanisation, du stress hydrique et des inégalités sociales, les villes marocaines ont une opportunité historique : adopter une planification verte inclusive et durable, pour une ville plus humaine et résiliente.

Références bibliographiques
  • Nieuwenhuijsen, M. J. (2020). Urban and transport planning pathways to carbon neutral, liveable and healthy cities; a review of the current evidence. The Lancet Planetary Health.
    🔗 https://doi.org/10.1016/S2542-5196(20)30245-0
  • Gascon, M., Triguero-Mas, M., Martínez, D., Dadvand, P., Forns, J., Plasència, A., & Nieuwenhuijsen, M. J. (2015). Mental health benefits of long-term exposure to residential green and blue spaces: A systematic review. International Journal of Environmental Research and Public Health.
    🔗 https://doi.org/10.3390/ijerph120100435
  • Wolch, J. R., Byrne, J., & Newell, J. P. (2014). Urban green space, public health, and environmental justice: The challenge of making cities ‘just green enough’. Landscape and Urban Planning.
    🔗 https://doi.org/10.1016/j.landurbplan.2014.01.017
  • World Health Organization. (2017). Urban green spaces: A brief for action.
    🔗 https://www.who.int/publications/i/item/9789289052918
  • Boone, C. G., Buckley, G. L., Grove, J. M., & Sister, C. (2009). Parks and people: An environmental justice inquiry in Baltimore, Maryland. Annals of the Association of American Geographers.
    🔗 https://doi.org/10.1080/00045600903084565
  • Anguelovski, I. (2016). From toxic sites to parks as (green) lulus? New challenges of inequity, privilege, gentrification, and exclusion for urban environmental justice. Journal of Planning Literature.
    🔗 https://doi.org/10.1177/0885412215611213
  • Kabisch, N., Qureshi, S., & Haase, D. (2017). Human–environment interactions in urban green spaces — A systematic review of contemporary issues and prospects for future research. Environmental Impact Assessment Review.
    🔗 https://doi.org/10.1016/j.eiar.2016.06.003
  • Curran, W., & Hamilton, T. (2012). Just green enough: Contesting environmental gentrification in Greenpoint, Brooklyn. Local Environment.
    🔗 https://doi.org/10.1080/13549839.2012.729569


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