


Aujourd’hui, il est difficile de rencontrer un projet paysager qui ne se revendique pas « durable ». À chaque coin de diapositive, dans les appels d’offres publics ou les présentations d’architectes, le mot sustainability trône comme un badge de vertu. Mais derrière cette façade éco-friendly, que se passe-t-il réellement sur le terrain au Maroc ? Le concept est-il vraiment appliqué, ou juste recyclé à des fins marketing ?
Les projets de conception prétendument durables se multiplient, mais combien prennent réellement en compte le climat local, la rareté de l’eau ou la résilience écologique ? Trop souvent, les plans restent calqués sur des modèles importés, privilégiant des essences exotiques, des lignes esthétiques Instagrammables, et des pelouses qui n’ont rien à faire dans nos zones semi-arides. Le tout, sous couvert de “durabilité”.
Les matériaux utilisés dans les aménagements posent un sérieux problème. On parle de « pierre naturelle », mais on l’importe d’Espagne ou de Turquie. On vante des mobiliers en bois certifié, sans jamais s’interroger sur l’impact carbone du transport. Le recyclage reste marginal, la valorisation des matériaux locaux quasi inexistante. Pire : certains projets dits « verts » utilisent encore massivement du béton, incompatible avec les logiques de sol vivant.
Le Maroc est en stress hydrique majeur. Pourtant, des jardins se créent tous les jours avec des systèmes d’arrosage intensifs, nourrissant des pelouses anglaises et des plantes gourmandes en eau. Là encore, le vernis de durabilité masque mal une irresponsabilité environnementale évidente. Où sont les systèmes intelligents de goutte-à-goutte ? Où est l’utilisation systématique des plantes indigènes ?
Les architectes, paysagistes, maîtres d’ouvrage et entreprises de travaux ont chacun leur part de responsabilité. Trop peu de formations spécifiques à l’écoconception. Trop peu d’engagement des maîtres d’ouvrage à imposer des cahiers des charges stricts en matière de durabilité réelle. Et des entreprises de travaux souvent démunies ou mal encadrées sur ces questions.
Ce n’est pas en recopiant des certifications européennes ou américaines que le Maroc avancera. Il est urgent de construire un référentiel de durabilité paysagère marocain, prenant en compte nos sols, notre climat, nos ressources. Cela passe par la revalorisation du patrimoine végétal autochtone, le soutien aux filières locales de production de matériaux écologiques, et une évaluation rigoureuse de l’impact environnemental de chaque projet.
Le paysage au Maroc a besoin de vérité. D’ambition, oui, mais aussi de cohérence. La durabilité ne peut plus être un mot creux, une tendance de salon. Elle doit devenir une réalité vérifiable, mesurable, et revendiquée avec honnêteté. Sinon, le Maroc risque d’urbaniser ses espaces verts… tout en tuant leur âme.
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